Loïc Herry

 

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Page créée avec l'aide précieuse des parents de Loïc...

 

Bio :

Loïc HERRY, né en décembre 1958, passe son enfance et son adolescence à Cherbourg, dans la presqu'île du Cotentin.

Ses études universitaires ont lieu à Caen, et sa vie professionnelle dans l'Orne (Alençon, Flers, Mortagne-au-Perche)… d'où la présence de la Normandie dans ses œuvres.

La mer et les côtes de la Hague marquent une grande partie de sa poésie et de ses nouvelles.

Dès 1982, la poésie et les textes de Loïc Herry apparaissent dans de nombreuses revues, comme Décharge (6 fois !), Digraphe (Mercure de France), Minuit 48 (éditions de Minuit), ou la Revue de la maison de la Poésie Rhône-Alpes, etc.

François David, créateur des éditions Møtus, est le premier éditeur à le remarquer : il publie ÉCLATS en 1991, seul recueil de poésie paru du vivant de Loïc Herry.

Toute l'œuvre inédite, trouvée après sa mort sur son ordinateur, est prête à l'édition : titres de recueils, têtes de chapitres, disposition dans la page. (Le seul regroupement de textes qui n'ait pas été fait par l'auteur est le recueil de 7 nouvelles : Portrait de l'Artiste en personnage de Roman, publié de façon posthume en 1999.)

En plus de ECLATS, à ce jour sont parus 6 recueils posthumes (le septième, un recueil en prose poétique, Crise de Manque, sortira en automne 2009)

Ses voyages en Algérie, au Maroc, aux U.S.A., Canada et en Europe – Grande-Bretagne, Italie, etc. et maintes fois en Grèce – influencent son œuvre littéraire et picturale. Il découvre la Polynésie avec éblouissement, lors d'une dernière rémission avant sa mort, voyage d’où sortira Polynésie-Poésie, écrit en 1995.

Il est fasciné dès sa plus tendre enfance par les mots rares et anciens, par les mythologies grecque et latine, par les civilisations disparues, les rites funéraires de l'Egypte… Lire "Night and Day :

"La nuit où j'avance tel Khépéra dieu scarabée…

Je suis Hier Demain  l'Egypte et l'Amérique…"

Il a pour compagnons de route les écrivains de tous temps et de tous pays – de Voltaire, Proust, Flaubert, Cendrars, à Lewis Carroll, James Joyce, et les contemporains…, les poètes : Rimbaud, Baudelaire, Mallarmé, Rainer Maria Rilke, et tous les poètes modernes, connus ou inconnus.

Il a calligraphié trois de ses recueils de poésie. Presque 100 graphismes (collages, encres, de grands et petits formats) sont trouvés après sa mort et font l’objet d’expositions.

Il décède en juillet 1995, ayant gardé toute sa lucidité comme il l’avait souhaité.

Il fait don de son corps à la recherche médicale.

 

Sont disponibles en librairie :

Éclats (Motus, 1991)

Portrait de l'Artiste en Personnage de Roman (L'Harmattan, 1999)

Sous le voile de Tânit (La Bartavelle, 1999) (ou 02 33 43 46 90)

 Crise de manque, éditions Dumerchez, 2009

Oeste - Ouest (Mantis editores – Ecrits des Forges, 2006)  Version bilingue de OUEST, en français et espagnol

Polynésie-Poésie  (Ecrits des Forges, 2006)

NIGHT and DAY, un mini-recueil (Wigwam, 2008) jossejp@aol.com ou Tel. 02 23 30 27 39

 

Epuisé : OUEST (Ecrits des Forges, 2003) 

 

« Trente têtes et parfois, illusoirement sans doute, une oreille pour la beauté qui naît du texte, parole d'un mort transitant par ma bouche pour le désir vivant — l'instant de grâce. »

Sous le voile de Tânit et J’AIME (1999)

 

Pour présenter Loïc, je reprends ici deux articles que j’ai publiés il y a quelques années (avec une légère modification pour le premier) ainsi qu’un extrait d’une présentation de son œuvre par François David qui fut son premier éditeur...

Loïc et moi étions de la même génération et nous avons ensemble fréquenté les bancs de la fac de lettres de Caen... Mais voilà je ne l'ai jamais rencontré. Et c'est un terrible regret.

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LA VOIX ESSENTIELLE

DE LOIC HERRY

 

 

Les éditions L'Harmattan ont publié Le Portrait de l'artiste en personnage de roman, un recueil de nouvelles alors que les éditions de la Bartavelle s'apprêtent à publier une seconde édition du recueil de poèmes Sous le voile de Tânit. On découvre dans le cherbourgeois Loïc Herry, mort en 1995, un grand écrivain, trop tôt disparu. Une singulière et forte présence.

 Certaines œuvres font corps à jamais avec le destin de celui qui les grave dans la pierre et le sang. En ce temps de vacarme et d'indigence où trop souvent la littérature elle-­même se perd dans les méandres de la futilité et la démission d'un minimalisme indigne, il est bon de retrouver de telles œuvres "trempées d'amour" comme le dit si bien Hélène Cixous dans la superbe préface donnée au Portrait de l'artiste en personnage de roman de Loïc Herry. Oui voilà de la vraie littérature qui va à l'essentiel, qui affronte ce "goût mortel" et retrouve ainsi le sens de l'amour, du partage... Le sens du bonheur même quand celui-ci n'est pas divertissement mais tout au contraire extrême lucidité devant un destin assumé, devant ce qu'il appelle "l'incessante disparition" (Sous le voile de Tânit).

Il y a chez Loïc Herry, tant dans son recueil de poèmes intitulé Sous le voile de Tânit que dans le recueil de nouvelles publiées à "L'Harmattan", une voix, une présence à jamais quand bien même (mais par cela même peut-être) il "nous a quittés", comme on dit si bien, nous laissant un insurmontable regret de ne pas l'avoir connu, voire même approché. Oui, l'histoire retiendra que Loïc est mort à 36 ans d'un cancer, laissant dans le ventre de son ordinateur plein de mots, de sang, de sueur et de caresses. Et la première nouvelle publiée dans Portrait de l'artiste en personnage de roman le dit si bien. "Il allait mourir et il le savait". Mais les poèmes publiés dans Sous le voile de Tânit viennent inscrire aussi cette mort comme un début. "Tout commence par un goût mortel". Et c'est ici que les mots justement ne sont plus texte mais verbe, mais souffle, mais vie. Ce sont des "paroles essentielles" comme celles prononcées par le "Montaigne de la fin" : "celui qui retrouve le poids et la souplesse de la chair", des paroles qui assument le non savoir (ce savoir du non savoir !) de ce qu'Hélène Cixous encore appelle fort justement un "cherchant". Loïc Herry a su très vite, bien avant cette annonce de sa mort, que "la vie ne tient jamais qu'à un regard" et il a su ciseler ce regard, avec les mots les plus justes, avec une rare exigence. C'est cette patience, c'est cette passion - au sens premier de ces mots -, qui nous bouleversent alors que Loïc écrit ces mots déchirants - que René Char n'aurait pas reniés : « Il ne faut différer ni la chute, ni l'envol ».

Il y a chez Loïc Herry ce mélange de tendresse et de révolte, d'acceptation et de refus à quoi se reconnaissent les grands. Michel Besnier, magnifique préfacier lui aussi du recueil de poèmes, écrit fort justement que Loïc "fait agir un texte du oui sur un texte du non". La révolte apparaît notamment dans ce "Portrait de l'artiste" quand "l'originalité est un mouvement de masse" et que "tout est aspiré par ce siphon du non-sens".

"Est-il possible de supporter cette société close et sombre ? Est-il possible que les gens acceptent indéfiniment la masse étouffante de l'injustice ? Est-il possible qu'il n'y ait pas même un vasistas...? Est-il possible de marcher plus avant, de franchir un jour de plus, avec au creux du ventre la douleur de l'impuissance ? Est-il possible d'accepter de ne rien pouvoir faire, de n'être rien, de ne pas être ?" écrit Loïc Herry qui inscrit là l'errance de toute une génération dans le personnage de Pierre Liptstein, sorte de double de l'auteur quand bien même celui-ci se refuse à envisager le Portrait comme un récit autobiographique... Car Loïc Herry façonne une narration qui nous égare, avec beaucoup de subtilité, par le jeu du point de vue et des temps dans cette nouvelle comme pour nous conduire vers un autre "je", plus authentique et plus présent.

La révolte se lit aussi entre les lignes de la très belle nouvelle intitulée ironiquement "Dernière" et qui avait été publiée déjà sous forme de cassette audio il y a près de vingt ans par les éditions Motus. Toute la bêtise et la cruauté de la guerre y sont dites avec les mots les plus choisis. Mais en même temps se donne à lire aussi un très beau texte d'amour.

La tendresse quant à elle se dévoile dans tous ces beaux portraits de femmes, dont Christel la compagne, "présente profonde" où l'auteur vient puiser "la voix", devinée aussi bien dans la première nouvelle, Aux Tuileries, que dans les beaux textes de la partie 6 du recueil de poèmes. On s'arrêtera notamment à cette évocation si délicate du sexe de la femme aimée. "Lèvres parfumées. Plis charnus qu'on écarte pour boire à la source de la lumière. Ecoute comme vient du fond du puits épais la voix vivante. Phréatique." L'exigence amoureuse rejoint finalement, chez Loïc Herry, l'exigence de l'écriture.

Ainsi Loïc Herry est donc plus que jamais vivant, ressuscité par des parents qui ont su retrouver dans tous ces textes la voix la plus sûre de leur fils et se dévouent sans compter pour que cette voix fraternelle puisse aujourd'hui nous accompagner.

Bienvenue donc ici et maintenant Loïc Herry.

 

Guy ALLIX, « Les Cahiers du Sens », 2001

 

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Un « passant considérable »

 

Loïc Herry est né en 1958 à Cherbourg et il est mort en 1995, des suites d’une tumeur. Depuis, on découvre peu à peu une oeuvre forte et singulière. En témoigne encore ce recueil Ouest qui vient d’être publié par une maison d’édition du Québec.

 Quand vous vous promènerez dans la pointe de la Hague – un lieu à ne pas manquer ! -, vous pourrez désormais oublier tout : pompes, tenues légères, appareil photo... mais il conviendra de ne pas oublier un simple recueil de poésie : Ouest qui vient de paraître aux « Ecrits des Forges » au Québec. Voilà un recueil qui vous donnera à voir vraiment « ces pays qu’on lit pierre à pierre », à écouter « la sirène/ descendre dans son ventre », et la « corne de brume », à sentir enfin l’odeur des varechs. Oui, à lire ce livre, dans toutes les suggestions qu’il déroule, on se dit qu’on n’a jamais encore visité –ou plutôt vécu- la Hague et l’ouest en général. Il nous manquait les mots, ces mots que nous offre, post mortem, Loïc Herry. Un passant considérable lui aussi comme l’indique justement François David dans sa belle préface. Loïc Herry nous « apprend à voir » là où son propre regard est comme affûté par le temps qui lui manque.

Certes, Loïc n’évoque pas que la Hague. Il pousse parfois plus à l’est : Chambois, Forêt de Goufern... voire même il désigne tous ces lieux « cachés encore dans le poing des vivants » sur le « Plus petit atlas du monde ». L’Ouest après tout n’est alors que ce lieu tissé de grande humilité –et de mots nus- pour vivre enfin, vraiment, ici et « Dénouer la trame dans les noms », pour retrouver l’ « étreinte du monde / quand la parole te perce ». L’Ouest  n’est que ce lieu qui s’accorde à la chair car cette dernière n’est jamais loin non plus. Elle occupe l’espace, le paysage et c’est là que nous nous rencontrons. L’espace et le temps se déroulent dans une grande sensualité : « Le temps se défait comme une femme dans la chaleur –et ses lèvres rouges- ce fruit- biblique ». Ici, on « sent les seins sous les bijoux des femmes ». Sous chaque mot, son poids d’amour.

La voix épouse les paysages, tour à tour plus douce, comme légèrement vallonnée auprès des « gestes cherchant les minutes de décembre » ou plus rauque, à flanc de falaise, notamment dans les derniers poèmes (partie 4). La palette de Loïc est décidément très large.

Ce natif de Cherbourg, n’aura vécu que 36 ans, comme d’autres passants, mais il a su (non, il sait !) consumer la vie, toute la vie, devant nos yeux éblouis. Ce feu-là, quoi qu’il advienne, n’est pas près de s’éteindre.

Guy Allix, article paru dans « Normandie Magazine »,  Sept-Oct 2003 - N° 187

 

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Loïc Herry, LA HAGUE AU VENTRE

 

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Loïc et l'ami François David en 1991 lors de la signature d'Eclats.

 

        

[…] Peu après la création des éditions Møtus, Loïc était présent et suggérait des textes ou des auteurs, lisait avec une attention impressionnante et parfois redoutable les manuscrits. Je n’ai pas souvenir de quelqu’un avec une telle connaissance de la poésie contemporaine. Jusqu’à la plus petite ou la plus confidentielle revue. Par intérêt profond. Intime. Vital. Et une incroyable discrétion. Quelques auteurs donnent l’impression de se mettre en avant. Loïc, lui, se mettait plutôt en arrière. Après sa mort, j’ai découvert avec surprise le nombre de textes et de recueils qu’il avait écrits, ainsi que son travail pictural.

[…] Il y a quelque chose d’un peu amer à voir s’estomper malgré tout l’inattention ou les mépris, quand celui qui les a essuyés n’en peut plus rien savoir. Ce sera pour Møtus à jamais un honneur d’avoir édité son seul recueil de son vivant. Pourtant la publication posthume d’autres livres n’en est pas moins indispensable et précieuse, ô combien.

[…] N’avoir été connu ni reconnu de son vivant n’empêchait pas Loïc Herry de témoigner d’une étonnante exigence qu’on aurait plus attendue d’un écrivain installé que de ce jeune poète ignoré à l’apparence frêle. […] Pour lui, seul comptait qu’il soit rendu compte du texte, avec sévérité ou non, dans l’analyse scrupuleuse. […] J’y repense parfois, surtout devant le battage assourdissant et inlassablement répété pour la promotion de telle ou telle œuvre de sortie : de sa part à lui, pas la plus infime concession pour donner l’envie de découvrir son unique livre édité.

 La Hague est au cœur de Ouest. Et Loïc Herry évoque aussi parfois, au hasard d’autres textes, son lien inextricable, presque constitutif, avec ce bout du monde.Pas moins que d’os, de chair, de sang, il était constitué du cri de ses oiseaux, de la sirène de ses navires, du tumulte de ses tempêtes, de ses galets autant que de ses propres ongles, de ses embruns comme de sa salive. Ouest fait ressentir, retentir cela et jusqu’au « ronflement d’une voile qui faseye ». « Faseye ». Ce goût du mot précis, ou technique, ou rare, voire suranné chez Loïc,  alors qu’en même temps, il y a quelque chose de physique et direct en ses poèmes, éternellement actuels peut-être de cette ambivalence. Ici et -pas seulement- maintenant. Pleinement pourtant. En ce lieu et en ces temps mêlés.

 Dans « Ouest », rien n’est absent. Et surtout pas l’absence. Ni la solitude. Ni la souffrance imperceptible. Ça saigne, mais « sous le ciel immense et fade / tout est paisible ». Dans la vérité, dire. Même celle qui cogne. Ne rien taire de la douleur. Ne rien taire de la douceur : « Jet frais d’aube ». Et oser nommer la mort même, pour éprouver la vie, dans ses fulgurances ou dans ses tendresses […]

  Loïc Herry écrit sur la Hague. Et bien sûr, il écrit sur lui. Et bien sûr, il écrit sur les autres… Formes entraperçues. Devinées. Ombres séparées par la pluie. Ombres conservées à jamais dans la mémoire des varechs. Les hommes et les bêtes…Et les sirènes. Le grès et l’aubépine. Les brisants. Bruits et senteurs… Etreintes. Séparations. Pour la journée de labeur. Ou pour toujours…

  Etre dans la Hague, c’est être ici. Vraiment. Et c’est être ailleurs en même temps. Jusqu’au-delà des îles Bienheureuses. Rêves. De partance. D’existence… Alors voyager, et même aux rives les moins proches, pour la confirmation ultime : On ne part pas.

      Tout se rejoint ainsi en un même point. En un même lieu. Et la chute et l’envol. Et les ténèbres et la lumière.

François David, Extraits

 

Le texte complet, ainsi que des poèmes, font partie du recueil « Balades dans la Manche : sur les pas des écrivains », de Marie-Odile Laîné (éditions Alexandrines, 2005)

 

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 Poèmes de Loïc Herry

 

Extraits de Eclats

 

 La version originale, inédite, est calligraphiée en noir et rouge sur papier ivoire.

 

 

              Chercher la brise

              Remonter au vent

 

               Le beaupré palpe l'invisible

 

 

 ***

 

                Nous ne sommes qu'une fois

               –  hapax legomenon

 

              L'espace à pleine

              bouche tourbillon

              stellaire

 

              Mots mêlés 

 

              - vers l'apex

         *****

 

 Extraits de Night and day (Wigwam, 2008)

 
 

              Je descendrai les avenues je frapperai aux portes

              Je dirai je suis saltimbanque mon père pesait

              Les nuages les vents mon frère est forgeron

              Engagez-moi et je ferai jusqu'à des bouts-rimés

 

              Ce matin je l'ai vu celui qui cachait son visage

             Une affiche expliquait qu'il sortait de prison

             Qu'il était sans ressources et la foule devant lui

             Demeurait sans regard à l'officine où l'on se vend

 

             J'ai dit j'ai été brancardier jongleur instituteur

             On m'a dit demain peut-être ou si vous saviez danser

             J'ai pensé ich bin ein Dichter

             Quelque part l'écho répétait ich bin ein Berliner

             Les avions se posaient mais j'étais encerclé

             Ce matin je m'en souviens je respirais je croyais

 

***

Extraits de Sous le voile de Tânit (éditions La Bartavelle, 1999)


 

  Crache et crie ! Voici les tombeaux — tornades superbes. Hume à pleins naseaux : la tempête est là, déjà les vitres éclatent.

 

   A moi, les ordures ! A moi, les vérités ! A moi, tous les trésors cachés, ce qui fait voler, ce qui vaporise !

 

  Fictions — illusions — qu'elles reviennent, qu'elles me possèdent — fraîches ! — cire à mes ailes, pour le premier soleil.

 

***

 

 

    pour mon amante au corps poudré d'or et de grains de blé

  

     — une nef légère au sillage noir parmi les paroles élimées

 

    pour mon amante au corps travaillé de ses parfums propres

 

   — pas de ponton — fer libre — les harmonies liquides — voiles gonflées

 

    libres tout à coup dans le vent ouvert

 

    sur l'horizon fendu — grand large ! — je puise la voix que tu m'offres

 

 ***

Extraits de Ouest (éditions Ecrits des forges, 2003)

 

 

   Hurlée sur les barrières couchées

   Grise la magnifique plie les

   Orgueils les mirages ton rêve

   Ce bois pourri cogne au quai pas une

   Porte sinon l'ultime

 

   Vaine et vive la joie

   ce goût de sang frais

 

   et la force innombrable

 

   Cède ton front à la rage trans

   Parente cède et capte dans ta

   Poitrine la torsion de l'ivresse

   Sacrée

 

  ***

    au soir d’un jour d’ivresse les bouteilles roulent sur le pont

 

   cargo — son nom s’est perdu — son nom s’était déjà

   perdu dans la rouille et les faux pavillons

 

   cargo tousse dans les creux — verts ! bave blanche!

 

   le capitaine plisse ses yeux rouges — une mouette à

   ras des flots, soufflée par une gifle invisible — la

   côte, non loin

 

   ou les brisants — on va crever, vieux camarade,

   serre tes poings ! on va crever secoue-toi

 

    des yeux s’enflamment — avidité ! — face au ciel où

   roulent des mercures et du plomb

 

   sors tes griffes, camarade, la Bête est là

 

   qui hurle et se défend

 

***

Extraits de Polynésie-poésie (éditions Ecrits des forges, mars 2006)

 

   la montre est tombée dans le sable de tes gestes

   la vague passe et repasse

 

   dans un frisson le temps disparaît

 

***

   je ne suis pas venu voir la Polynésie

   je n'ai pas vu Tahiti

 

   j'ai simplement visité la Beauté

   une jeune beauté brune aux

   courbes dansantes aux mains longues

 

   enfin s'est chiffonné dans mon poing

   toute cette page du Pacifique qui

   nous séparait

 

   et l'espace qui ombrait

   le souvenir de ton rire

   s'est enflammé

 

   saveur de ta peau

   saveur de tes mots

   Cythère ô Christel

   si le jus de l'ananas coule de tes lèvres

   c'est le goût de la vie qui m'envahit

 

   je ne suis pas venu voir Tahiti

   je suis venu m'asseoir sur la terrasse

   avec toi

 

POLYNÉSIE-POÉSIE, dernière œuvre de Loïc HERRY. Il visite avec Christel îles et atolls. C'est son dernier voyage…