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Georges Brassens

 

 

Brassens ou l'honneur des poètes !

 

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Aujourd'hui, 22 octobre 2011, Brassens aurait 90 ans ! Il aura toujours trente ans pour moi. L'âge de la maturité et de la révolte à la fois. Quasiment l'âge où on a découvert son immense talent. Il y a peu, quelqu'un a été condamné pour avoir chanté "Hécatombe" à sa fenêtre... Bon, il est vrai que des pandores avaient eu l'idée saugrenue de passer à ce moment précis sous ladite fenêtre. Preuve en tout cas que l'oeuvre de celui qui signait Geo Cédille dans le "Libertaire" est toujours aussi dérangeante en dépit de toutes les tentatives de récupération.

 

Qu'est-ce que tu nous manques ! 

 

Nombreux sont les poètes patentés et sûrs de leur génie qui font la fine bouche dès que l’on évoque la chanson… Oh que voilà un art vulgaire auprès de la "vraie poésie" (la leur bien sûr... qui pourrait en douter ?) ! Pourtant longtemps après que nombre de ceux-ci auront disparu ainsi que leurs pauvres mots, les chansons de Brassens, de Ferré, de Brel, de Bertin, de Leclerc et autres Le Forestier courront encore dans les rues. Comme celle de Trenet que je cite ici, comme celles de nos premiers poètes qui chantaient eux aussi ne vous déplaise.

A 18 ans, je ne connaissais rien ou presque à la poésie et je me mis soudain à écrire (en octobre 1971) dans le soleil de Brassens. Il me fallait sans doute un papa et il fut un peu le mien même si je ne l’ai jamais rencontré et s'il ne voulait pas de progéniture. Je crois d'ailleurs qu'il fut le père adoptif de beaucoup.

Plus tard je serais Brassens ou rien ! J’ai alors aussi emprunté la guitare des copains. Mais elle jouait souvent mal dans mes bras et le chemin serait long assurément pour jouer, comme lui, avec un Salvador. Et puis mes mots prirent d’autres chemins qu’après tout mon maître avait su me montrer. N’avait-il pas donné voix à nombre de poètes que j’avais découverts grâce à lui ?

Mais mon admiration, mon affection, n’a jamais varié. Celui qui traversait toujours par les passages cloutés pour ne pas avoir affaire aux forces de l’ordre m’a appris la rigueur de la vraie révolte, de la vraie liberté. Il m’a appris cette incroyable tendresse qu’il y a dans une ombre de croix qui se couche sur une nymphe pour un "petit bonheur posthume". Ou encore dans l’évocation pudique de ce papa qui sait pardonner à l’inverse des « chrétiens du pays » pour lesquels « l’évangile c'est de l’hébreux ». Il m’a enfin appris l’amour des mots ciselés, l’amour du travail bien fait, cent fois remis sur le métier. Je garde des chansons comme « Bonhomme », « Saturne », « Le Blason » (voir ci-après) ou encore « Stances à un cambrioleur »  comme de petits bijoux. Et quand il m’arrive de reprendre dans mes bras ma guitare appelée Marie c’est tout naturellement que je fredonne du Brassens. D’autant que le poète était aussi, il faut le dire contre les idées si bien reçues des oreilles peu sensibles, un merveilleux mélodiste. Ah la musique de « L’orage », celle du « Vieux Léon », celle de cette peu banale "Chansonnette à celle qui reste pucelle" magistralement mise en voix par Le Forestier ! Allez donc dire à un bon guitariste que ce n'est pas de la musique. C'est qu'il faut tâter pour tout jouer Brassens.

Je donne ici les textes de deux chansons moins connues de lui.

J’ai longtemps fredonné la première contre les imbéciles heureux qui étaient nés quelque part et qui ne concevaient pas qu'on puisse avoir le mauvais goût de naître ailleurs et même de ne pas se plaire dans leur terre sainte transformée en véritable prison. Quant à la seconde, elle ne m’a jamais quitté et je l’ai même intégrée tout naturellement à mon récital lorsque j’ai repris, comme mon maître mais bien plus tard, le chemin de la scène.

Merci à toi Tonton Georges. Je te dois beaucoup.

Une chanson posthume de Brassens, La chansonnette pour celle qui reste pucelle, un petit bijou. Elle ne fut jamis chantée par son auteur.

Voix : Guy Allix et C.

Guitare : Guy Allix

 

Chansonnette pour celle qui reste pucelle

***

La ballade des gens qui sont nés quelque part

C'est vrai qu'ils sont plaisants tous ces petits villages
Tous ces bourgs, ces hameaux, ces lieux-dits, ces cités
Avec leurs châteaux forts, leurs églises, leurs plages
Ils n'ont qu'un seul point faible et c'est être habités
Et c'est être habités par des gens qui regardent
Le reste avec mépris du haut de leurs remparts
La race des chauvins, des porteurs de cocardes
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Maudits soient ces enfants de leur mère patrie
Empalés une fois pour toutes sur leur clocher
Qui vous montrent leurs tours leurs musées leur mairie
Vous font voir du pays natal jusqu'à loucher
Qu'ils sortent de Paris ou de Rome ou de Sète
Ou du diable vauvert ou bien de Zanzibar
Ou même de Montcuq ils s'en flattent mazette
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Le sable dans lequel douillettes leurs autruches
Enfouissent la tête on trouve pas plus fin
Quant à l'air qu'ils emploient pour gonfler leurs baudruches
Leurs bulles de savon c'est du souffle divin
Et petit à petit les voilà qui se montent
Le cou jusqu'à penser que le crottin fait par
Leurs chevaux même en bois rend jaloux tout le monde
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

C'est pas un lieu commun celui de leur connaissance
Ils plaignent de tout cœur les petits malchanceux
Les petits maladroits qui n'eurent pas la présence
La présence d'esprit de voir le jour chez eux
Quand sonne le tocsin sur leur bonheur précaire
Contre les étrangers tous plus ou moins barbares
Ils sortent de leur trou pour mourir à la guerre
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

Mon dieu qu'il ferait bon sur la terre des hommes
Si on y rencontrait cette race incongrue
Cette race importune et qui partout foisonne
La race des gens du terroir des gens du cru
Que la vie serait belle en toutes circonstances
Si vous n'aviez tiré du néant tous ces jobards
Preuve peut-être bien de votre inexistence
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part
Les imbéciles heureux qui sont nés quelque part

 

 

***

 

 

Le Blason

 

Ayant avecques lui toujours fait bon ménage
J'eusse aimé célébrer sans être inconvenant
Tendre corps féminin ton plus bel apanage
Que tous ceux qui l'ont vu disent hallucinant

Ceût été mon ultime chant mon chant du cygne
Mon dernier billet doux mon message d'adieu
Or malheureusement les mots qui le désignent
Le disputent à l'exécrable à l'odieux

C'est la grande pitié de la langue française
C'est son talon d'Achille et c'est son déshonneur
De n'offrir que des mots entachés de bassesse
A cette incomparable instrument de bonheur

Alors que tant de fleurs ont des noms poétiques
Tendre corps féminin c'est fort malencontreux
Que la fleur la plus douce la plus érotique
Et la plus enivrante en ait de plus scabreux

Mais le pire de tous est un petit vocable
De trois lettres pas plus familier coutumier
Il est inexplicable il est irrévocable
Honte à celui-là qui l'employa le premier

Honte à celui-là qui par dépit par gageure
Dota de même terme en son fiel venimeux
Ce grand ami de l'homme et la cinglante injure
Celui-là c'est probable en était un fameux

Misogyne à coup sûr asexué sans doute
Au charmes de Vénus absolument rétif
Etait ce bougre qui toute honte bue toute
Fit ce rapprochement d'ailleurs intempestif

La malpeste soit de cette homonymie
C'est injuste madame et c'est désobligeant
Que ce morceau de roi de votre anatomie
Porte le même nom qu'une foule de gens

Fasse le ciel qu'un jour, dans un trait de génie
Un poète inspiré que Pégase soutient
Donne en effaçant d'un coup des siècles d'avanie
A cette vraie merveille un joli nom chrétien

En attendant Madame il semblerait dommage
Et vos adorateurs en seraient tous peinés
D'aller perdre de vue que pour lui rendre hommage
Il est d'autres moyens et que je les connais
Et que je les connais

 

***

Et pour terminer, je donne la plume à Maxime Le Forestier qui a rendu le plus bel et le plus délicat hommage qui soit au bon maître avec ce texte qui suit la même prosodie que la supplique et qui est chantée sur une fort belle mélodie composée par Joël Favreau, le dernier guitariste de Brassens. On peut chanter aussi la supplique sur cette mélodie ou chanter "la visite" sur l'air de "la supplique"... C'est chaque fois un bonheur. J'espère que Maxime ne m'en voudra pas de reproduire ici ce texte sans son autorisation mais c'est pour la meilleure cause qui soit...

 La visite

Maxime Le Forestier

C'était un jour d'été comme on en fait beaucoup,
Entre mer et garrigue au début du mois d'août,
Un air de chanson dans la tête
Et puis l'envie de voir si la mer était bonne :
Je roulais par hasard entre Nîmes et Narbonne.
Je me suis arrêté à Sète.

Poussé par les voitures ou porté par les vents
Dans cette cité-là, que l'on passe en suivant
N'importe quel itinéraire.
A peine a-t-on le temps de quitter les faubourgs,
- C'est là le résumé de la vie le plus court -
On se retrouve au cimetière.

Le calme anonymat qui réside en ce lieu
Est celui que l'on voit chez les morts de banlieue :
On chercherait l'extravagance.
Aussi libre qu'on ait vécu, décidément,
On est toujours guetté par un alignement,
Sauf de discrètes différences.

C'est un pin parasol qui n'aura pas éclos
Tant viennent les amis piétiner cet enclos.
J'ai peu d'espoir qu'il ne grandisse.
Ils continueront donc de rôtir au zénith,
Mais de tous leurs bouquets posés sur le granit,
Pas un ne m'a semblé factice.

Au milieu d'un essaim de touristes en chaleur,
J'ai vu s'épanouir une petite fleur
Qui semblait marcher comme on danse,
Avec deux seins de soie déguisés par un voile,
Et l'ombre de ta croix n'a pas bougé d'un poil.
Je me demande à quoi tu penses.

A quoi tu penses donc, laquelle as-tu choisie
Des ruses que les hommes ont trouvées jusqu'ici
Pour rendre la mort moins cruelle ?
Survie de l'âme ou fin de tout, quoi qu'il en soit,
C'est pas beau de mourir pour demeurer de bois
Aux larmes d'une demoiselle.

Comme elle avait vingt ans et qu'elle était jolie,
La laisser s'en aller n'eût pas été poli :
Les chagrins sont durs à cet âge.
On avait une sorte d'ami en commun.
C'était mieux qu'un début, je lui ai pris la main.
Nous voilà partis pour la plage.

Entre le bris des vagues, le son des soupirs,
Les sardanes funky qu'on entendait glapir
En modulation de fréquence
Et les cris des enfants qui s'ébattaient dans l'eau,
Quelque maître nageur sifflait un pédalo
Voguant vers l'horizon, vacances !

 

 

***

Et voilà qu'en cette année anniversaire (trente ans déjà et il aurait eu 90 ans) on a retrouvé des "inédits". De ces textes écrits dans sa jeunesse et qu'il n'avait pas cru bon de porter sur la scène ou d'éditer d'une manière ou d'une autre. 

Alors il y en a qui sentent déjà la bonne aubaine et qui vont tenter de s'en mettre plein les poches. Qu'ils soient jeunes ou vieux, le temps ne fait rien à l'affaire mais ils sont peut-être encore plus que… cons...

Voici ce que j'ai écrit sur un site à ce sujet :

« Bon, moi, un fan de toujours, ça me chagrine beaucoup. S’il n’a pas voulu les chanter, ni même les mettre en musique, c’est que, pour lui, elles ne tenaient pas la route, écrites qu’elles étaient dans sa jeunesse et non « dans les dernières années de sa vie » comme il est écrit ici par erreur (j’espère qu’on retrouvera jamais les textes que j’ai écrits à 18 ans !). Il a tenu à léguer un parcours sans faute et après on lui reprochera ses erreurs de jeunesse… Alors, comme il aurait dit lui-même, "merde" à ceux qui vont tenter de s’en foutre plein les fouilles grâce à Tonton Georges : j’espère que son fantôme viendra les persécuter comme il persécute ceux qui fouettent ses chats. Y a des jurons qui se perdent et il n’est plus là pour les proférer ! Zut ! »

Guy Allix

 

Je ne change pas une virgule ! Et je ne résiste pas à l’envie de reprendre le frangin Olivier sur le même site :

« Quel intérêt à part s’en mettre plein les fouilles pour le compositeur, les maisons de disques et les producteurs ?
Tonton c’était un tout. Les mots, la musique, le personnage. Encore « Une histoire de faussaire ». Ce qui est sûr c’est que le « Pornographe du phonographe » n’aurait pas hésité à leur sortir « La ronde des jurons ». »
Sur ce, comme l’a chanté Tonton Georges : « Mort aux lois et Vive l’Anarchie ».

 

***

Dans le même élan ou presque, je vous livre ce mot de l’ami Gérard Bonemaison. Toujours aussi juste, le bougre.

"Il y a effectivement une attitude de charognards dans le réflexe de commémoration (façon Pavlov) assortie d'exhumation des secrets enfouis.... Pas besoin d'être devin pour savoir que ce genre d'initiative lui déplairait fortement.

Au sujet de lui, et sans rapport direct avec cette tentative de spoliation posthume, ton courrier m'a rappelé la petite réflexion que j'avais griffonnée dans mes carnets épars au moment de sa mort; je te la livre in extenso.

« 31 octobre 1981

Les grands moyens d’information se mobilisent autour de la mort de Georges Brassens, annoncée hier soir. Très vite, le décalage s’installe avec la discrétion souhaitée (et pratiquée) par le disparu. À trop répéter qu’il « souhaitait la plus stricte intimité », à trop le claironner sur les ondes et à la une des journaux, on obtient l’inverse de ce qui était demandé; on trahit ses volontés…

Il a été inhumé au petit matin dans le cimetière « des pauvres » à Sète, discrètement, presque clandestinement. Le journal télévisé, pourtant, papillonne autour du cercueil. On diffuse les réactions de personnes qui désapprouvent le côté furtif de la cérémonie, pourtant conforme, semble-t-il, à ses vœux et au souhait de ses proches. On entend pleurnicher : « ...ils l’ont enterré comme un chien… » On ne sait si ces gens sont déçus ou furieux… furieux de n’avoir pas eu leur cérémonie, avec l’inévitable part de spectacle.

Sur le plateau d’Antenne 2, Labro a convoqué des "témoins" et l'essentiel du journal consiste à évoquer Brassens. Bons sentiments, sans doute, mais en violation, semble-t-il, de sa volonté.

Je ne supporte pas qu'on ne respecte pas au moins ce moment d'intimité. Nous y avons tous droit mais, comment faire valoir nos droits en pareille circonstance ? Alors, les bateleurs profitent lâchement de l'état de faiblesse irréversible où on se trouve et ils font leur numéro... Sur certaines chaînes, ça peut même être entrecoupé de pubs... Je crois t'avoir dit ce que je pensais des happenings en cascade suscités par la disparition de Jean Ferrat et de la rave party autour de son cercueil..."

Gérard

  

 

Sites à voir sur Brassens :

 

http://www.brassens.sud.fr

 

http://www.georgesbrassens.fr

 

http://www.aupresdesonarbre.com